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  • Photo du rédacteurChristophe Roux-Dufort

Je suis ni suiviste, ni conspirationniste. Je suis inspirationniste.

Au cœur de la crise pandémique, la polarisation entre les tenants du discours officiel et ceux qui s’en éloignent, taxés trop souvent de conspirationnistes, témoigne de l’effondrement d’un système de légitimité et en particulier du système de légitimité rationnelle légale cher au sociologue allemand Max Weber. Un système de légitimité est un discours admis par le plus grand nombre et censé lever les objections. Toujours selon Weber, il existe trois systèmes en fonction du réservoir de sens apte à fonder la légitimité de chacun d’eux. Dans le système de légitimité charismatique, le sacré ordonne le monde profane et le soumet au discours révélé par une divinité ou les écritures. La foi en est le préalable central. Dans le système de légitimité traditionnelle ce sont la culture et les coutumes qui ordonnent le monde. Le respect de la tradition en est le pivot. Enfin dans le système rationnel-légal les lois de la nature, leur compréhension et leur maîtrise font force de loi. La science et le droit en sont les vecteurs essentiels. C’est le système principal qui aujourd’hui régit encore nos démocraties.

Depuis le début de la pandémie, le discours scientifique et politique en tant que ce dernier se fonde sur la science, n’a pourtant jamais entraîné l’adhésion et le consensus. Depuis un an, la science a suscité bien plus d’objections qu’elle n’en a levées. Les controverses incessantes sur l’efficacité de telle ou telle mesure décidée par le gouvernement sur la base des avis d’experts ou sur la dangerosité des vaccins, en dit long sur la faillite du système de légitimité rationnelle légale. Les violentes attaques auxquelles font face les experts et les gouvernements sur les réseaux sociaux marquent aussi ce rejet pour un discours et un pouvoir devenus indigestes. Or que se passe-t-il quand le système de légitimité rationnelle légale s’effondre ? La recherche souligne que l’on rentre dans un système dans lequel n’importe quel discours peut faire l’affaire. Pour expliquer la pandémie et les meilleures façons de la gérer par exemple. C’est le système de l’opinion publique qui fonde ainsi la légitimité de chacun à donner son avis. L’expertise est en quelque sorte autoproclamée, vaguement documentée et puise sa force par sa présence et son partage sur les réseaux sociaux, entre autres. Le nombre de Like et de partage lui donne sa légitimité.

Paradoxalement alors que la diversité des opinions pourrait enrichir les idées et le débat sur la crise, l’effondrement du système conduit au contraire à une hyperpolarisation et donc une hypersimplification des prises de position entre d’une part un discours officiel si peu audible qu’il a dû s’accompagner de mesures coercitives sévères pour être respecté et d’autre part le discours dit conspirationniste devenu l’unique terre d’accueil des réfugiés de la dictature de la pensée officielle.


Nous sommes ainsi peu à peu rentrés dans une pensée bipolaire dans laquelle la nuance et la subtilité ont dû s’effacer devant l’injonction de choisir un camp et donc une étiquette. Entre les deux pôles, un espace étrange de sidération s’est créé dans lequel l’espoir d’une voie alternative de la pensée a été gommé par cet étau. J’appelle cet espace un no mind’s land dans lequel tout accès à une autre conscience et un autre sens de la crise est déchiré par la force de gravité respective des deux pôles du système.

Quelle forme de pensée nous reste-t-il alors entre le suivisme et le conspirationnisme qui bornent nos horizons ? Il faut alors peut-être s’en remettre aux expériences de ceux qui dans des conditions extrêmes ont trouvé des ressources inespérées pour s’en tirer grâce à des idées inattendues qui ont reconfiguré leur façon de se voir et de voir le monde. La recherche en sciences humaines mais aussi la littérature a exploité de nombreux récits livrés par des rescapés des camps de concentration, d’expéditions extrêmes ou encore des victimes de régimes totalitaires qui dans tous les cas se sont trouvés dans ce no mind’s land, désarmés par la sidération intellectuelle.


Bien que chacune de leurs expériences débouche sur des sorties différentes, il reste une constante dans la façon dont ces êtres ont su, parfois miraculeusement, dépasser la polarisation manichéenne : l’inspiration. Des chercheurs ont démontré cette idée selon laquelle les impasses de la pensée étaient propices et souvent nécessaires à l’émergence de ce mouvement, de cette impulsion créatrice intérieure qui portent à renouveler notre compréhension du monde.


L’inspiration qu’elle soit issue d’une transcendance, de l’expression élégante de l’inconscient ou en lien avec la beauté d’un objet ou d’une personne devant lesquels on ressent une émotion et un transport vers une nouvelle compréhension, offre une alternative aux impasses de la pensée. Elle tire précisément sa sève de ces culs-de-sac et devient en ces temps de crise, un précieux allié.

Surtout lorsque l’on sait que l’inspiration est souvent conçue comme l’apanage des leaders visionnaires qui redessinent les contours du monde. Or c’est de ce genre de leader dans la culture, la politique, l’éducation, l’économie ou la science dont nous aurons besoin pour envisager un avenir revivifié.

Je ne suis pas suiviste, ni conspirationniste. Je suis inspirationniste.


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